Junkie de l’amour

C’est une épreuve que j’appréhendais, car je savais que les soldats de l’humanitaire étaient surtout armés de courage. Pas sûre d’en avoir suffisamment pour affronter cette réalité qui me touchait déjà beaucoup derrière l’écran.

10h du matin, la sonnerie retentit, la voiture pour Mbour est là, garée devant la maison, plus moyen de faire machine arrière. En route, j’essaye tant bien que mal de profiter des sublimes paysages qui se déroulent sous mes yeux, mais l’ambiance est lourde, la tension palpable.

Je trépigne cependant d’impatience, comme si je voulais mettre fin à cette peur insoutenable. C’est alors que je me souviens que je me suis fixé le challenge de me servir à bon escient de toutes ces compétences et pratiques durant les moments de crise, pas seulement pendant des les purs moments de bonheur. J’essaye donc par tous les moyens de dissiper ces émotions, à coups de méditation, respiration, visualisation, j’en passe. Si je ne me contrôle pas, je n’arriverai à rien dans la vie !

Le chauffeur m’indique fièrement la pancarte indiquant que nous approchons la pouponnière. « Tu chauffes Fama, tu chauffes ! » pensai-je, le coeur bondissant.

Nous y sommes ! Je me présente au poste de sécurité qui me demande de me présenter ainsi que l’intention de ma visite. Je déroule, pas de pitch ni de long discours, juste des mots simples décrivant mon intention : passer la journée avec les enfants de la pouponnière et aider là où mes bras, mes pattes, ma tête mais surtout mon coeur pourraient être utiles. Je suis dirigée vers l’accueil de la pouponnière et prise en charge par Fatou, la lumineuse Fatou. Elle s’intéresse à son tour à mes intentions, je m’exécute à lui rendre compte !

Les formalités terminées, la visite de la pouponnière peut enfin commencer. Elle a été créée en 2010, était indépendante et collabore depuis quelques années avec le gouvernement. Les enfants, de 0 à 18 ans y sont placés ou non après jugement. Il y a 130 enfants en ce moment.

Nous pénétrons la première salle, dans les berceaux blancs, des anges. Je ne réalise qu’à ce moment la mesure de mon sujet, et doute très sérieusement de ma capacité à surmonter ce sujet, mais je ne peux pas me défiler. Je suis en passe de devenir une guerrière, une vraie. Le coeur et les dents serrés, les larmes chaudes perlent sur mon visage. Honteuse de pleurer après 4 pas dans la première salle, je dégote un mouchoir pour vite les sécher, je ne veux pas que le personnel et les bénévoles doutent à leur tour de mes capacités pour aller au bout. Au détour d’un berceau, des pleurs. Je m’arrête, pose ma main son son ventre tout rond, et le berce, il se calme. Fatou m’informe que je peux le prendre, je m’en donne à coeur joie ! Il est tout petit, je sens son coeur battre contre le mien. Puis je croise son regard, je m’y plonge et m’y perds. Comment un nourrisson de si jeune âge peut-il voir un regard si profond. Là, les sanglots gisent, c’est le drame, je dois me ressaisir, c’est l’enfer. Je me mets à marcher dans la salle, avec mon bébé dans les bras, je l’embrasse, le berce tout en séchant mon torrent de larmes. Une des femmes me demande d’aller lui donner de l’eau en m’indiquant du bout du doigt les biberons d’eau comme pour m’inviter à me changer les idées. Time out, je dois remettre le bébé dans son berceau afin que la visite suive son cours. J’ai le coeur en morceaux. Je tourne la tête et constate que les deux berceaux qui succèdent celui de mon bébé sont ceux de jumeaux. De petits anges que je crève d’envie de serrer fort dans mes bras également, mais ça viendra, la journée ne fait que commencer.

Le seconde salle est celle des « petits », des amours qui savent marcher. L’un des anges tapent fort des pieds dans son berceau en tendant ses petites mimines pour que je vienne à sa rescousse. Le dortoir est calme, la majorité des amours dorment. Je me fais avoir et me fais réprimander illico, je dois la remettre dans son berceau, c’est l’heure de la sieste.

La visite se poursuit. La troisième salle, des loupiots en grande forme s’agitent, c’est l’heure de déjeuner pour eux. Chacun son tour je présume, tout une organisation pour gérer les 130 anges j’imagine. La cuisine précède la buanderie, et la buanderie la salle d’éveil.

La visite termine par ce que j’appellerai la cour, ou la case. Immense, où les enfants se défoulent à l’abris du soleil. J’ai à peine le temps de me faufiler que l’un d’entre eux fonce tout droit sur moi, les bras levés pour que je le prenne. Encore une fois, volontiers. Des bisous par milliers, par millions. Je lui demande dans ma langue natale, en wolof, son prénom. Un amour si attachant. Je fonds.

La visite est terminée, je suis libre de choisir où et avec qui je souhaite passer du temps. Sans tituber, je file à mon tour dans la salle 1 retrouver mon premier amour, love at first sight, I swear juste dingue. Quand je me déchausse, j’entends le frère jumeau pleurer, mon premier amour est calme, il est question de priorité, je dois m’occuper de lui. Petit amour, je le berce pour le soulager. Les femmes diagnostiquent très vite, le jumeau d’amour est un petit glouton qui s’impatiente de passer à table. De lui même, il descend pour aller rejoindre celle qui a diagnostiqué la gloutonnerie. Je m’empresse de prendre mon premier amour et le couvre de baisers. C’est si puissant, si éloquent, comment mon coeur peut-il battre si fort, ça déborde d’amour pour des petits êtres que je ne connais pas. C’est l’heure du biberon de lait, je me lève prendre celui de mon premier amour, et nous nous installons dans un coin, notre nuage d’amour. Moment dingue. Je n’ai pas pu m’empêcher de le couvrir de bisous même pendant son biberon, le pauvre. Après le repas, la couche. Un dernier moment privilégié avant les aurevoirs, coeur brisé quand il a fallu l’installer confortablement dans son berceau.

« Flûte » pensai-je ! Je suis arrivée trop tard ce matin, pas stratégique, note pour la prochaine fois. C’est l’heure de la sieste, la pouponnière va être très calme, je meurs littéralement d’envie que la sieste soit annulée aujourd’hui. Pendant ce temps, j’ai fait une merveilleuse rencontre, vous savez, celle qui n’a rien d’une rencontre hasardeuse, ce genre de rencontre qui joue au rendez-vous. Dieu, on te voit hein !

Après la sieste, c’est dans la salle des petits que j’ai passé du temps, à jouer aux legos, à en prendre deux ou trois dans la tête, à embrasser, à me faire tirer les cheveux, à faire des baisers, des chatouilles, à jouer aux voitures, jusqu’à ce que l’heure de la fin sonne le glas.

Je dois vous avouer, que pendant les premières secondes avec mon premier amour, j’ai sérieusement pensé à l’adoption. Je me suis simplement dit : OK en fait les enfants c’est comme tout, y en a suffisamment pour tout le monde sur la planète ? Je le précise car plus jeune, je ne pensais pas du tout à l’adoption, je précisais au contraire que je tenais à avoir les miens à moi. Cette phrase m’est revenue en pleine tronche. En quoi celui que je tenais dans mes bras ou un autre ne pourrait pas être le mien à moi ? Les battements de mon coeur en témoignaient, ça faisait à peine quelques secondes que je l’avais rencontré, et pourtant, je l’aimais déjà tant. Un amour pur, un amour immense.

J’ai éprouvé de la tristesse, car dans ma pyramide de Maslow à moi, l’amour est le besoin number one. Avant de respirer, avant de boire, avant de manger, servez-moi de l’amour pitié. Comment est-ce possible ? Ces anges ont besoin d’amour, mais j’ai mis un point d’honneur à ne pas juger les parents car je ne sais pas comment ils en sont arrivés là, et c’est très bien ainsi (que je ne sache pas), car cela ne me regarde pas le moins du monde.

Avez-vous déjà entendu parler de l’affreuse expérience de l’Empereur Frédéric II ? Je ne la détaillerai pas ici, mais je passe le flambeau à Google. Tapez « expérience empereur Frédéric II bébés ». C’est terrible.

Cette journée emplie d’amour m’a simplement confortée dans mon envie, mon besoin, mon choix d’aider, de donner, de consacrer de mon énergie, de mon temps, de ma personne, de mon amour, de mes moyens aux gens qui en ont besoin. J’ai senti mon feu intérieur vivement brûler, et entendu mon coeur me susurrer « oui, c’est ce que je veux faire ». Purpose. I say it again purpose. (je me suis promis de ne pas faire ma Mya Frye sur ce blog, Dieu que c’est corsé).

Savoir qu’il y a suffisamment de ressources (toutes catégories confondues) pour tout le monde sur cette planète me fend le coeur, mais à la fois, cela nourrit mes espoirs et mes rêves. Les choses peuvent changer. J’y crois profondément, certains diront naïvement. Je finirai sur ce joli proverbe « à coeur vaillant, rien d’impossible ».

(With much much muchhhh very muchhhh love)

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